Table en chêne et noyer

TABLE DE MILIEU EN CHÊNE ET NOYER SCULPTÉS ET MARQUETERIE
DANS LE GOÛT D’AUGSBOURG
EPOQUE : XIXe SIÈCLE
Hauteur : 82 cm
Plateau
Longueur : 112 cm
Largeur : 104.5 cm

 

MARQUETERY AND CARVED OAKWOOD AND WALNUT CENTRE
TABLE IN THE MANNER OF AUGSBURG
PERIOD : 19th CENTURY
Height : 82 cm
Table top
Length : 112 cm
Depth : 104.5 cm

 

 

POSER UNE QUESTION

 

ACHETER

 

Retour à la galerie

Retour à la boutique

Catégories : ,

Description

A la fin du XVIIIe siècle apparaît en Angleterre d’abord puis à travers l’Europe toute entière, un goût nouveau pour le pittoresque de l’architecture médiévale. La période médiévale devient un temps idéal dans l’histoire de la création artistique. On s’en inspire alors dans le domaine de l’architecture où se développe le style néogothique. Après l’architecture, tous les arts s’inspirent de l’époque gothique.

Cet intérêt pour le passé apparait comme une réaction aux bouleversements qui intervinrent dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. Après les violences révolutionnaires et le vandalisme qui mirent à mal bien des trésors, on tente de se réapproprier un passé médiéval bien souvent fantasmé sur lequel on cherche à établir les fondations d’une « identité nationale ».
En France, avec la rédaction de son pamphlet « Halte aux démolisseurs », Victor Hugo se fait le défenseur de ce patrimoine si souvent menacé. De ces rêveries nait un style nouveau ironiquement qualifié de Troubadour et qui s’inscrit dans la même veine que le style néogothique. Le style troubadour s’illustre notamment en peinture. Plus fantaisiste que le style néogothique, il réinvente l’époque médiévale ainsi que la Renaissance.

Ce retour vers le Moyen-Âge marque donc autant le paysage que la décoration des demeures. Le mobilier parfois qualifié de « cathédrale » se transforme sous le poids des pinacles, des créneaux, des arcs d’ogives, des fenestrages et des gargouilles, prenant comme modèle le gothique flamboyant du XVe siècle.

C’est ainsi le cas de cette exceptionnelle table. Cette dernière repose sur deux patins supportant deux arcs en plein-cintre à double ressauts. Ils sont reliés par deux traverses fixées à l’aide de clavettes. Les patins sont agrémentés d’animaux – un capucin et un chien – et de créatures chimériques inspirées sans doute des gargouilles. Les écoinçons sont garnis de deux étoiles réalisées en marqueteries tandis que l’entretoise est ornée d’une marqueterie de carrés en damier. Des enroulements de feuilles en volutes occupent la partie supérieur du piétement.

Au-dessus des entretoises, deux autres traverses relient les pieds. Elles sont toutes deux soulignées d’un filet de chevrons et ajourées de rosaces dont le réseau varie d’un côté à l’autre.

Entre les deux pieds se glissent quatre tiroirs répartis deux à deux de chaque côté de la table. Ils sont décorés d’un filet de marqueterie et d’un bouton tourné en toupie.

La ceinture est ornée de portraits sculptés de personnages tenant tantôt des volumens, au nombre de six, tantôt des livres, au nombre de quatre. Il pourrait s’agir d’une représentation des Quatre Évangélistes, tenant chacun leur Évangile, accompagnés de six Prophètes. Le goût du détail se remarque dans ces petits portraits qui représentent parfois des hommes jeunes et imberbes ou plus âgés et à la barbe bien fournie, et dont les costumes et les coiffes varient parfois.
Sur les faces latérales, l’un des portraits représente une femme couverte d’un voile, les mains posées sur sa poitrine, l’air accablé et un homme aux cheveux lui tombant sur les épaules, les mains jointes dans le même geste de douleur. On pourrait y voir la représentation de la Vierge Marie et de Saint Jean. Ces portraits alternent avec de petites tableaux de marqueterie illustrant des paysages, maisons et églises, d’une grande variété et très finement réalisés, dans le goût des marqueteries d’Augsbourg.

Le plateau est plaqué et marqueté de différentes essences de bois. Il est orné de rinceaux formant de fines volutes, de filets de marqueteries et de cadres rectangulaires.
Au revers, une rosace est marquetée en son centre, cernée d’un encadrement à ressaut. Le pourtour du plateau est souligné d’une frise d’entrelacs.
Le plateau est fixé à la table à l’aide de deux charnières. Une fois soulevé, il dévoile un coffre qui abrite huit petits tiroirs séparés par des cartouches de marqueterie représentant des tours.

L’artiste responsable de la réalisation de cette table a su réinventer sans excès le modèle de tables de changeur suisses et germaniques, réalisée à la fin de l’époque gothique. Il n’est pas exclu qu’il s’inspira d’une table dont un dessin est représentée dans l’ouvrage
Les Ornements du Moyen-age, de l’architecte allemand Carl Alexander Heideloff. La table présentée par ce dernier datait d’après lui du XVe siècle et aurait appartenu au grand-bailli de Cadolzburg, chevalier de Hessberg.

Bibliographie
CARL ALEXANDER HEIDELOFF, Les Ornements du Moyen-age, volume III, édition Morel Paris, Maison Oeioer Nuremberg


 

From the late 18th century onwards appear a strong interest for Medieval and picturesque architecture, first in England and then spread across Europe. The Middle- Ages are seen as a golden age for history and artistic production and become an inspiration, especially in architecture with the growth of the Neogothic. This appetite for Gothic soon pervades all arts.

This interest for the past has to be seen as a reaction to the turmoil of the last decades of the 18th century. After revolutionary violences and vandalism that have damaged many treasures the society tries to reclaim a Medieval past – often fantasized – upon which establishing a « national identity ».

In France Victor Hugo is the herald of this movement of heritage’s defense with the publication of his libel « Halte aux démolisseurs ».

From those daydreams appears a new style humorously called Troubadour, in the same vein as the Neogothic. The Troubadour style is particularly strong in paintings where it reinvents Middle-Ages and Renaissance with a certain fantasy.

This interest for Middle-Ages affects landscape as well as interior design and the furniture turns into cathedrals with pinacles, crenulatings, lancet arches, fenestrations and gargoyles drawing inspiration from the 15th century Flamboyant Gothic.

It is precisely the case with our table. The two feet support double-recessed semicircular arches and are linked by two crossbeams attached with a key. The feet are adorned with animal carvings ; monkeys, dogs and gargoyle-style creatures. The spandrels are garnished with marquetry stars while the spacer is enriched by a marquetry checkboard decor. Vegetal scrolls are carved on the stand’s upper part.

Above the spacers two additional crossbeams link the feet together. These openworked roses crossbeams are highlitghted by a marquetry chevron frieze different from one side of the table to the other.

Between the legs and the table top are positioned four drawers enriched by marquetry
decor and turned wood knobs.

Six human figures are carved on the belt, holding volumens (6 of them) or books (4 of them). They could represent the four evangelists with their gospels accompanied by six prophets. A certain passion for detail can be spotted with these portraits depicting beardless young people or middle aged men with a thick beard wearing different costumes and hats.

On the lateral sides are pictured an afflicted looking veiled lady with her hands on her chest and a man with long hair and a similar expression. They could represent the Virgin Mary and Saint John. These portraits alternates with marquetry landscapes and buildings in the manner of Augsburg marquetries.

The table top shows marquetry and inlays from different kind of woods. It is enriched with delicate scrolls, lines of marquetry and rectangular frames. The opposite side is centred by an inlaid rose with recessed frames. A scroll frieze highlights the edges of the table top. With two hinges the top can be opened and reveals a chest with eight small drawers divided with marquetry cartouches depicting towers.

The artist who authored this table knew how to reinvent Swiss and German banker’s tables from the late Gothic era. He may have drawn his inspiration from a design found in Carl Alexander Heideldoff’s publication Die Ornamentik des Mittelalters. According to the German architect this table dated from the 15th century and belonged to the court officer of Cadolzburg, the knight of Hessberg.

Literature
CARL ALEXANDER HEIDELOFF, Les Ornements du Moyen-age, volume III, édition Morel Paris, Maison Oeioer Nuremberg