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Paroles d’antiquaires Comment devient-on antiquaire ? Pourquoi choisir une spécialité plutôt qu’une autre ? Et pourquoi s’installer dans le Carré Rive Gauche ? Autant de questions que nous avons posées aux antiquaires, heureux de prendre un moment pour se raconter.
La passion… voilà bien le maître mot des marchands, toutes générations et spécialités confondues. Une profession ? Oui et non, plutôt l’unique moyen pour ces collectionneurs d’assouvir leur passion au quotidien et de vivre entourés d’objets fabuleux.
Comme le dit Jacques Leegenhoek qui a commencé sa carrière comme expert avant de s’installer comme marchand « je préfère acheter ce qui me plaît plutôt que d’avoir à évaluer ce que je n’aime pas ». Propos partagés par Marc Philippe, jeune marchand et ex-professeur de philosophie : « La Poésie de l’objet, avant tout », quitte à ne choisir que des objets bizarres, inutiles, voire « pas à la mode ». A la Galerie Frémontier, l’idée est la même : « découvrir la pièce unique, voire invraisemblable ». Et comme le dit la malicieuse Myrna Myers : « Ma galerie ? c’est mon petit musée à moi ! ».
Etre antiquaire c’est aussi mélanger les styles et les époques comme aiment à le faire Philippe Murat-David ou France de Forceville dont l’objectif est de « créer l’étonnement dans sa galerie » et faire « partager son enthousiasme et ses folies ». Car les antiquaires sont de curieux individualistes : être seul à choisir certes, avoir confiance en son propre goût bien sûr mais tout en étant intimement persuadé qu’en choisissant un objet en particulier, celui-ci saura aussi toucher le cœur d’un autre collectionneur. Comme le dit joliment la Galerie Humeurs, la bien-nommée :« les objets que nous choisissons ont une âme chargée de souvenirs et d’émotions, ils sont bien souvent le miroir de notre personnalité et de nos fantasmes ».
Pour beaucoup, c’est l’objet qui parle de lui-même. Jean Wanecq, autodidacte et antiquaire depuis 1950 assure qu’« il faut savoir regarder l’objet grâce à une sorte de don, un instinct du métier qui s’acquiert avec l’expérience ». Propos confirmés par Claudine Guérin, fer de lance de la curiosité au sein du Carré : « la beauté, la qualité d’exécution, la matière sont bien plus parlants qu’un pedigree ». Et Nicole Mugler, qui fut la plus jeune femme antiquaire installée dans le Carré en est sûre: « ce métier n’a rien de rationnel, les objets vous attirent et s’imposent à vous ».
« La recherche du beau prime sur tout le reste » résume Bruno Faivre-Reuille qui enseigne à ses étudiants à regarder l’objet avant toute autre chose.
Bien sûr les recherches sont une partie importante de leur travail, souvent la plus excitante, et qui est aussi liée au plaisir de transmettre. Férue d’Histoire, Véronique Girard aime décoder les poinçons de ses pièces d’argenterie et reconnaître grâce à un détail le style d’un maître-orfèvre.
Pour tous il était en tous cas évident de venir s’installer dans le Carré Rive Gauche qui leur permet, comme le dit Marie-Sophie Bazin de «présenter une marchandise plus sélective et haut de gamme qui saura plaire aux visiteurs du quartier ».
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